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Parmi les
chercheurs
français à avoir mis au point les premiers
systèmes de télévision, on peut citer par exemple
Henri de France ou Marc Chauvierre, mais c'est avec les
équipements conçus par René Barthélemy que
le premier service
officiel de
télévision
français démarra. |
René Barthélemy. |
Ce disque, dont le brevet a été déposé en 1884 à Berlin par Paul Nipkow ( 1860-1940 ), permet d’analyser une image. Il est percé de trous à sa périphérie disposés en spirale. Une fois mis en rotation par un moteur électrique, il fractionne l’image à transmettre en lignes horizontales ( ou verticales dans le système de Baird ). L’image est décomposée en autant de lignes qu’il y a de trous sur le disque. Pour reconstituer l’image un deuxième disque tournant en synchronisme avec le premier est nécessaire. Le disque « analyseur » tourne entre la lentille de la caméra et une cellule photoélectrique, le disque « récepteur » tourne entre une lampe au néon ( dont l’intensité de la lumière émise dépend de la lumière reçue par la cellule photoélectrique ) et la lentille du récepteur. Nipkow ne mit jamais en pratique son invention. |
Petite parenthèse sur les travaux de Baird :
En 1923 Baird fabrique un appareil assez
rudimentaire de télévision qui ne peut transmettre que
des "
ombres ". Il
utilise des disques de Nipkow, une
cellule photoélectrique et une lampe au
néon. |
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Baird et sa
machine |
Televisor
commercialisé par Baird |
Image en 1926 |
La BBC,
s'étant laissée
convaincre par Baird, inaugure le 30 septembre 1929 un service
expérimental mais régulier de
télévision sur son émetteur de Daventry. Cette télévision de faible définition peut être transmise sans problème par un émetteur prévu initialement pour la transmission sonore. La réception se fait sur un poste de radio normal sur lequel on connecte le dispositif à disque de Nipkow. 12,5 images de 30 lignes en balayage vertical sont transmises par seconde dans un format 3/7. Ce format plus haut que large est choisi de manière à optimiser la reproduction d'un visage ou d'une silhouette. Les émissions ont lieu du lundi au vendredi de 11h00 à 11h30. Plus tard il y aura des émissions la nuit ( aux heures ou les programmes radiophoniques de la BBC sont terminés ) en petites ondes ( sur 205 mètres ), la propagation des petites ondes étant grandement accrue la nuit, ça permettra aux très rares français équipés de recevoir les images. La société Baird commercialise alors le " Televisor ", la petite image de couleur orangée apparaît dans la fenêtre à droite de l'appareil. En effet l'image était orange, c'est la couleur émise par la lampe au néon. Des enregistrements d'images sur disques ont été tentés à l'époque. Ils sont aujourd'hui visibles sur le site de Don Mc Lean. A voir également cette reconstitution d'une émission en 30 lignes diffusée en 1930. |
Ernest
Chamon, épaté par la
démonstration de Baird, décide alors de
créer un
laboratoire de recherche sur la télévision
à la
CdC, Jean Le Duc en est nommé directeur. Il charge alors
René Barthélemy de l'ensemble des recherches, un
local
est spécialement aménagé pour cela, il s'agit en
fait d'un ancien hangar de guerre proche de l'usine. A
ce moment
là René Barthélemy a 39 ans, il est atteint de
rhumatismes déformants
qui
l'obligent à s'appuyer sur des
béquilles.
Malgré cela, aidé par une demi-douzaine de
collaborateurs, il s'efforce de mettre
au point
son
système de télévision
mécanique à 30
lignes inspiré de celui de Baird. Une des plus grosses
difficultés est
la
synchronisation
de la caméra et du récepteur qui doit être
parfaite. Il fallait faire
vite car Henri de France poursuit les
mêmes travaux et John Baird entend bien imposer son
système.
La première étape est franchie fin 1928 avec la reproduction d'une image fixe, une photographie sur verre projetée sur un disque de Nipkow. Fin 1929 la petite équipe obtient des images mobiles. Le premier " studio " est aménagé toujours dans les locaux de la CdC à Montrouge, c'est une pièce de 4 mètres sur 4. René Barthélemy se penche également sur une autre technique que le disque, il s'agit du tambour de Weiller ( inventé par Lazare Weiller vers 1890 ). Il s'agit d'un cylindre sur lequel sont fixés des miroirs. L'ensemble mis en rotation par un moteur électrique réfléchi la lumière d'une puissante lampe vers le sujet à " téléviser " ( qui doit être dans l'obscurité ) sous forme d'un faisceau dessinant des lignes grâce au mouvement des miroirs. C'est le système du " point lumineux mobile " ou " flying spot ". La lumière réfléchie par le sujet vient alors frapper quatre cellules photo-électriques placées face à lui. Cette caméra trop bruyante est séparée du sujet par un mur percé d'une petite fenêtre devant laquelle une personne peut glisser sa tête. Ce système donne des images de meilleure qualité que la caméra à disque, mais il n'est adapté que pour reproduire des visages. |
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Tambour à
miroirs 30 lignes CdC |
Mécanisme
d'un récepteur vision |
La
personne doit s'asseoir dans un fauteuil tournant dont le dossier est
prolongé d'une planche de bois pour s'y caler le
dos de manière à ce que sa tête reste bien en face
de l'ouverture. De plus
le
maquillage doit être très contrasté, on
applique du
blanc sur tout le visage, du bleu pour les pommettes du noir pour les
yeux et les lèvres. C'est
Mme Suzanne Bridoux secrétaire à la CdC qui
prendra ce
rôle pour les démonstrations.
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Suzanne
Bridoux devant la " caméra ",
dans la petite fenêtre se trouve l'analyseur à
miroirs,
autour les quatres cellules photo-électriques et
à droite
le micro. |
La
petite équipe de la CdC a
également réussi
à fabriquer un télécinéma,
appareil fonctionnant avec un disque qui
permet de transformer en signaux de télévision
une bande
de film normalement destinée à être
projetée. Les images ainsi produites sont meilleures que celles
obtenues avec la caméra car le film est plat et toujours
à la même distance de l'analyseur contrairement à
un visage.
Le format choisi est 4/3 30 lignes à balayage horizontal. En 1930 la CdC est autorisée par les PTT à installer une antenne et un émetteur de faible puissance à des fins expérimentales. Au
début de l'année 1931 Paul Janet, directeur de
l'Ecole Supérieure d'Electricité de
Malakoff,
propose à son ancien élève René
Barthélemy d'organiser
une
démonstration publique en installant un récepteur
de télévision dans
l'amphithéâtre de l'école. En effet la
réalisation d'un récepteur à grand écran de
30 par 40 centimètres fonctionnant avec des miroirs tournants et
une lampe au néon très puissante permet à l'image
d'être vue par un grand nombre de personnes.
René Barthélemy est sceptique, il y a toujours un risque que l'expérience se passe mal d'autant que la liaison radio de 2 kilomètres qu'il faut établir depuis le studio complique les choses. Il fini par accepter mais, par prudence, la CdC décide que les invitations seront envoyées à un nombre restreint de personnes du monde scientifique; la démonstration est prévue pour le 14 avril 1931 à 20h00. Huit jours avant la démonstration un premier journal annonce l'expérience, puis tous relaient l'information, c'est alors que des milliers de personnes demandent à assister à la démonstration, en cas d'échec il y aura des témoins ! Le jour fatidique est arrivé, l'image apparaît sur un écran en verre dépoli, pour améliorer la visibilité, trois miroirs ont été fixés sur le mur. 800 personnes se sont présentées pour seulement 300 places disponibles dans l'amphithéâtre, le hall est bondé. René Barthélemy explique le fonctionnement du système au tableau noir puis les lumières sont éteintes et l'on peut voir sur l'écran Suzanne Bridoux sourire, se poudrer, utiliser un éventail, fumer puis annoncer un petit film " L'Espagnole à l'éventail " le télécinéma est alors mis en marche. |
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L'assistance
est emballée
malgré la mauvaise
qualité de l'image comparée
au cinéma, il faudra faire deux séances
supplémentaires pour que tout
le monde puisse voir.
Pour René Barthélemy c'est la consécration mais la concurrence est toujours là, en décembre 1931 Paris PTT démarre des émissions expérimentales du lundi au samedi avec du matériel Baird; les émissions durent de 30 à 45 minutes à horaires variables. En février 1932 Henri de France réussit plusieurs transmissions entre Fécamp et le Havre. Marc Chauvierre fait des émissions expérimentales avec une caméra " flying spot " de sa fabrication depuis Radio-Lyon. Il est maintenant temps pour la France de choisir un standard pour des émissions expérimentales, en 1932, à la demande du ministre des PTT, Camille Gutton, directeur du Laboratoire National de Radioélectricité, est chargé de départager les trois candidats ayant répondu à l'appel d'offre. Le système Barthélemy est préféré à celui de Baird car les images sont jugées plus stables quant à Henri de France il fini par renoncer à faire une démonstration devant la commission. Le ministère des PTT autorise alors la CdC à utiliser l'émetteur de l'école supérieure des PTT situé au 103 rue de Grenelle, et lui attribue un petit local constitué de deux pièces de 3 mètres sur 3 au 97 de la même rue pour y implanter des équipements et créer un " studio ". Au départ les prises de vue sont encore faites dans les locaux de la CdC à Montrouge, le signal " vision " est envoyé rue de Grenelle par une ligne téléphonique. Le son est diffusé directement par l'émetteur de la CdC à Montrouge. Une fois le studio de Grenelle aménagé on y apporte la nouvelle caméra qui fonctionne avec un disque de Nipkow et offre des possibilités de prise de vue bien meilleures qu'avec le système à tambour de Weiller alors abandonné, mais qui nécessite un éclairage très important du sujet. Le son est toujours diffusé depuis l'émetteur de Montrouge relié au nouveau studio par une ligne téléphonique. Les émissions ont lieu le mardi et le vendredi à 17h00 toujours en 30 lignes. Il y a très peu de téléspectateurs, ce sont souvent des bricoleurs passionnés qui ont assemblé les pièces détachées d'un kit vendu dans le commerce et l'on connecté à un poste de radio se constituant ainsi un récepteur de " radiovision ". Un deuxième poste de radio est nécessaire pour la réception du son. On installe un piano dans le petit studio et des artistes bénévoles, poussés par la curiosité, viennent s'y produire. Ils sont annoncés par Suzanne Bridoux qui a gardé sa fonction de présentatrice. |
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René
Barthélemy
avec sa caméra 30 ou 60 lignes
fonctionnant en lumière diffuse avec un disque de Nipkow
d'où la forme semi-circulaire du carter latéral. Le système " flying spot " est donc
abandonné. |
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En 1933, la
firme
américaine
RCA ( Radio Corporation of America ) commence à fabriquer le
tout premier tube de prise de vue
qui promet
la réalisation de caméras d'une
définition jamais égalée:
l'iconoscope. Son brevet fut déposé dix ans plus tôt par Wladimir Zworykin, émigré russe aux Etats Unis, il a été l'assistant du physicien Boris Rosing de l'institut technologique de St-Pétersbourg dont il a repris les théories avant-gardistes en matière de télévision. C'est une révolution pour la télévision, l'iconoscope pourra remplacer avantageusement le disque analyseur des caméras et rendra ainsi possible la réalisation de systèmes entièrement électroniques. La CdC n'a pas accès à cette technologie et René Barthélemy continue ses travaux pour améliorer la définition de l'image toujours avec des procédés mécaniques. Par contre pour les récepteurs il commence à utiliser des tubes cathodiques à la place du disque, d'ailleurs la CdC se lance dans la fabrication de ces tubes qui pour l'instant donnent une image verte car on n'a pas encore réussi à leur faire émettre la couleur blanche. |
En mars 1935,
Georges Mandel tout nouveau
ministre des PTT
décide de se
rendre à la CdC pour voir de lui même les
possibilités qu'offre la télévision. Une telle visite est très importante pour la CdC et tout est fait pour que les démonstrations de prise de vue en 60 lignes et du nouveau télécinéma en 180 lignes soient réussies. René Barthélemy informe Georges Mandel de ses travaux en vue de réaliser une caméra en 180 lignes également. Le ministre est très attentif aux explications mais reste, comme à son habitude assez froid et peu loquace ce qui ne manque pas d'inquiéter à la CdC. Pourtant Georges Mandel veut un service officiel de télévision, c'est un homme d'action, il prend des décisions rapides d'autant plus qu'il craint pour sa place à la tête du ministère. Il veut donc que les émissions démarrent avant son éventuel départ même si ça doit se faire avec un dispositif temporaire. Il reçoit alors René Barthélemy à son bureau afin de s'entendre sur les moyens à mettre en oeuvre. Le ministre lui accorde l'amphithéâtre de l'Ecole Supérieure des PTT 103 rue de Grenelle comme studio, un émetteur est prévu à la tour Eiffel, la définition devra être de 180 lignes à terme, mais en attendant la mise au point de la caméra ce sera des équipements à 60 lignes 25 images par seconde qui seront utilisés. L'émetteur 60 lignes est transféré des locaux de la CdC de Montrouge à ceux de la rue de Grenelle. |
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Suzanne Bridoux en 60 lignes sur tube cathodique |
Les prises de vue en 30 lignes continueront pour ne pas
léser
les téléspectateurs actuels. Les délais
fixés par le ministre sont très serrés, il veut un
démarrage pour octobre et il reste
beaucoup de travail sur la caméra 180 lignes. On aménage le studio, cette fois l'espace permettra de jouer des pièces de théâtre et des danses. Le vendredi 26 avril 1935 à 20h30 c'est le démarrage officiel, près de 1000 privilégiés y assistent, personnalités, journalistes, et industriels... La comédienne Béatrice Bretty ( qui est la compagne de Mandel ) inaugure la première émission de télévision en y racontant ses souvenirs d'une tournée de la comédie française en Italie. C'était le démarrage officiel mais pour autant tout n'est pas prêt, l'image a seulement 60 lignes et l'émetteur de la tour Eiffel n'est pas installé. Enfin en octobre on pose le câble coaxial de 2500 mètres entre le studio et la tour Eiffel, l'émetteur réalisé par SFR-CSF, est installé dans un local provisoire au pilier nord en attendant la construction du batiment définitif du pilier sud. Il a une puissance de 2kW qui émet sur 37.5 MHz. Le son est transmis en onde moyenne ( 206 mètres ) par l'émetteur de Radio Tour Eiffel. |
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Le dimanche 8 décembre
1935, avec deux mois de retard sur le calendrier initialement voulu par
le ministre, c'est l'inauguration du 180 lignes. Une foule
d'invités et de
journalistes envahissent les locaux de la rue de Grenelle.
L'émission a lieu de 17h30 à 19h30, le programme
a
été préparé avec
Béatrice Bretty. Y participent des
acteurs de la Comédie Française, des danseuses de
l'Opéra,
des artistes de
music-hall et entre autres Sacha Guitry. Les numéros sont
annoncés par Suzy Vinker
la première speakrine " officielle " de la
télévion française. Des récepteurs ont été installés dans des lieux publics: une petite salle de 50 places rue de Grenelle, au Conservatoire des Arts et Métiers, à la mairie du 5ème arrondissement, à l'office du tourisme des Champs Elysées etc... Une foule de curieux s'y presse à tel point qu'un service d'ordre doit être mis en place. Voir ici un reportage d'époque. |
Suzy Winker |
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Le studio du 103 rue de
Grenelle en 1935. Les
caméras
toujours trop bruyantes sont placées derrière une
vitre. Une
batterie de puissants projecteurs crée la
lumière
nécessaire à la prise de vue mais aveugle les
comédiens. Les manches à air amènent
l'air frai
d'une installation de climatisation se trouvant en sous sol, sinon la
température pourrait dépasser les 50°. Il est
toujours
nécessaire de maquiller abondamment les personnes
à "
téléviser " pour que leurs visages soient
reconnaissables. |
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Vue
côté scène: remarquez
au bout de la
flèche, posée au sol, la plaque " RADIO PTT VISION
". |
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Les
" baies techniques ", la
caméra 180 lignes un
téléviseur à tube
cathodique. |
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Photo
de gauche:
l'EMYVISOR
180 lignes ( fin de 1935 )
développé par
René Barthélemy,
disponible dans le commerce en pièces
détachées ou
tout assemblé. Son prix est à partir de 4500
francs de
l'époque pour un récepteur assemblé ( vision uniquement ) , ce qui
correspond à environ 3500 euros d'aujourd'hui. Cliquez ici pour voir la brochure publicitaire EMYRADIO 1936 et le catalogue 1939. |
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Caméra
de René
Barthélemy ( 1935 ) |
Ces objets sont
visibles au musée des arts et métiers ( Paris ). |
Récepteur de
radio et
télévision CdC de 1938. Le tube cathodique est tellement profond qu'il est disposé verticalement, un miroir renvoie l'image à l'horizontale. |
En
janvier1936 a lieu le congrès
de l'UIR ( Union
Internationale de Radiodiffusion ) à Paris, pour la
première fois on y dresse
un bilan de l'état des recherches sur la
télévision. Seuls la Grande Bretagne,
les Etats Unis, l'Allemagne et la France ont réellement
démarré. C'est alors
que la CdC se rapproche de la firme allemande Telefunken et signe avec
elle un
accord de coopération technique avec échange de
matériel et de brevets. Les équipements 180 lignes mécaniques ont donné satisfaction mais il est impératif pour la CdC de se pencher sur l'iconoscope de Zworykin qui offre un potentiel très supérieur et sur lequel les allemands et les anglais travaillent déjà. La CdC s'associe alors à SFR-CSF pour créer en mai 1936 la Compagnie Française de Télévision ( CFT ) qui béneficie alors des compétences de la CdC sur la télévision, de celles de la SFR-CSF sur la haute fréquence mais surtout d'un droit à exploiter le brevet de l'iconoscope détenu par RCA. En effet la SFR-CSF a convenu d'un accord d'échange de brevets avec la RCA. |
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Le 24 octobre 1936, Robert Jardillier,
nouveau ministre des PTT, lance
un appel
d'offre auprès des constructeurs radio-électrique
en vue
de doter la télévision
de matériel " haute définition "; il est temps
d'exploiter les
possibilités de l'iconoscope. La CFT, la Compagnie
Générale
de
Télévision d'Henri de France, la Compagnie
Française Thomson-Houston ( CFTH ) proposent leurs
matériel, l'administration commence alors une période de
tests comparatifs. A partir du 4 janvier 1937 les programmes s'allongent avec des horaires de soirée de 20h à 20h30 ( variétés ) en plus de ceux de fin de matinée ( 11h à 11h30 émission de travail sur un sujet immobile oeuvre d'art, sculpture ou peinture ) et d'après midi de 15 à 16h ( variétés ). Le dimanche de 17h30 à 19h30 c'est gala et music hall. |
La CdC réalise alors son " Centre expérimental de Montrouge " au 77 Grande-Rue, il s'agit d'un ensemble comprenant un laboratoire de recherche et des ateliers employant 150 personnes; mais aussi un grand studio de 12 mètres sur 8 et une salle de projection sur grand écran pour les démonstrations. Le studio est équipé du nouveau matériel expérimental 450 lignes à iconoscope, il y a même sur place un émetteur pouvant diffuser les images. Cela représente une station de télévision parmi les plus modernes, c'est la vitrine du savoir faire de la CdC. |
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Le 10 juillet 1937, lors de
l'exposition internationale des arts et techniques de Paris, a lieu la
démonstration publique du matériel
haute
définition 455 lignes
fabriqué par Thomson et qui a été choisi par
l'administration pour cette manifestation. La caméra, surnommée " la trottinette " par les opérateurs, à cause de ses quatre roues, utilise une technique anglaise. En effet Thomson a acquis des licences et des tubes de prise de vue " Emitron " auprès de la société anglaise EMI ( Electric and Musical Industries filiale de Marconi ) qui équipe déjà la BBC. En plus des émissions en studio, la caméra est installée à l'extérieur près du pont Alexandre III et des visiteurs sont interviewés quant à leurs impressions sur l'exposition tandis que d'autres peuvent suivre ce téléreportage sur des téléviseurs installés à l'intérieur du " pavillon de la radio et de la télévision ". A la fin de l'exposition le matériel Thomson est transféré au studio de Grenelle où il continue d'être comparé à ceux des autres constructeurs. |
Egalement en juillet l'administration des PTT a fait
installer à la tour Eiffel un nouvel émetteur de
télévision construit par la société LMT (
Le Matériel Téléphonique ). Il émet sur
46MHz avec une puissance de 7.5kW. L'émetteur SFR du 180 lignes
est utilisé pour diffuser le son sur 42MHz. Par la suite la puissance sera progressivement augmentée jusqu'à 30kW, ce qui fera de la tour Eiffel l'émetteur de télévision le plus puissant du monde. |
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Caméra Thomson 455 lignes en démonstration durant l'exposition de 1937 à Paris. | Caméra
Thomson au studio
de Grenelle |
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Equipements d'amplification et de traitement du signal de la caméra
Thomson-Houston de 1937. Ces baies contiennent 225 lampes au total et consomment plusieurs kilowatts. |
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Les émissions en 180 lignes
continuent en alternance avec les 455 lignes puis disparaissent
définitivement en avril 1938. En juin 1938, la période de tests étant terminée, le ministère des PTT fixe les normes suivantes valables pour une durée de 3 ans: porteuse vision: 46MHz, modulation positive, 25 images par seconde ( 50 demi-images entrelacées ) nombre de lignes: entre 440 et 455, format de l'image: 5/4, synchronisation représentant 30% du signal vidéo, porteuse son: 42MHz. Fin 1938, le ministre des PTT Alfred Jules-Julien, annonce l'intention de l'administration de commencer rapidement la mise en place d'un réseau d'émetteurs de télévision desservant progressivement les principales villes de province. La suite des évenements fera que ce réseau commencera à exister seulement au début des années 50. Les normes étant enfin fixées, les constructeurs de récepteurs peuvent enfin proposer leurs appareils, et les clients les acheter mais les ventes ne décollent pas. Pour le public le faible intérêt des programmes ne justifie pas l'achat d'un récepteur qui est extrêmement coûteux, d'autant que les autres distractions sont nombreuses à Paris. Les fabricants ne peuvent pas baisser les prix tant qu'ils ne produiront pas en masse et se plaignent du manque de moyens mis en oeuvre pour promouvoir la télévision et proposer des programmes de qualité. L'état hésite à augmenter le budget alloué aux émissions tant qu'il n'y aura pas plus de téléspectateurs. La situation est bloquée contrairement à l'Angleterre qui est très en avance sur la France. |
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Publicité
pour un
téléviseur Marconi vers 1938-1939,
il
s'agit d'un appareil conçu en Angleterre où la
télévision est bien plus
répandue ( au moins 10 000 téléviseurs
contre 300
pour la France ). Le prix de ce modèle
équivaut
de 4900 à 6600 de nos euros d'aujourd'hui. Voir
un appareil fonctionnel Egalement
ici |
En effet la BBC par
des programmes attrayants ( retransmission de
compétitions sportives en direct etc... ) a
su trouver son public contrairement à la France où les
émissions sont réalisées
uniquement depuis le studio de Grenelle. En Allemagne les moyens mis en oeuvre sont également supérieurs, un réseau de câbles coaxiaux relie le studio de Berlin à quelques grandes villes ( Hambourg, Nuremberg, Francfort, Bayreuth, Leipzig...). Le signal reçu dans ces villes est alors diffusé par un émetteur couvrant toute l'agglomération. Il y au moins 4000 récepteurs, les allemands n'en possédant pas peuvent suivre les programmes dans des salles publiques ( les Fernsehstube ). Le grand évenement de la télévision allemande fût la retransmission en direct des jeux olympiques de Berlin en août 1936.
Le 3 septembre 1939 les télévisions françaises et anglaises s'arrêtent pour cause de guerre, la télévision allemande s'était arrêtée temporairement quelques jours plus tôt. Elle sera utilisée par la suite pour distraire les soldats blessés dans les hôpitaux. |
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